Développé avec Berta.me

  1. ARTISTIC APPROACH

    The subject of my painting is light, its representation and its impact on the environment, color, and the viewer. The use of glazes allows me to achieve underlying lights, filtered glows that evoke fleeting sensations of everyday life, such as light falling on a wall. I don’t seek to give meaning to my paintings, but rather to give them a physical presence. What interests me is the way in which external light filters into a space, creating subtle nuances.

    My artistic process begins with the creation of a composite image in Photoshop, combining various photographs that I have collected online or taken myself: landscapes, reflections of light with immaterial aspects and images of planetary nebulae captured by NASA’s Hubble Space Telescope. These images are adjusted and superimposed with a certain transparency. Next, I create a preparatory drawing in gray pencil to define my color palette, usually consisting of two or three shades, which vary in intensity.

    After these preliminary steps, I embark on the painting process with all the complexity that it entails: tensions, accidents, new harmonies, and active dynamics due to the rapid drying of acrylic paint. I apply the prepared colors to a previously moistened canvas, sweeping them with brushes (spalters). My artistic approach is coordinated with the feel of the painting, using all the tools at my disposal to connect with the pictorial material and my sensitivity.

    In some exhibitions, my paintings are designed in relation to the ambient light of the exhibition space. They incorporate luminous forms observed in this context at different times of the day, which gives them increased intensity through their physical extension. The viewer is thus invited to immerse themselves in the specific light of the place, opening their senses and perceptions to better inhabit the midst of things.

    My knowledge and research into the senses stem from my daily experience, my observation of the world around me, and my experimentation with pictorial materials. Light reflections on a wall trigger a spiritual experience within me, akin to the absolute, evoking a sense of infinity that underpins my artistic work. My intention is to paint immaterial sensations. The absence of perspective, the blurred nature of light reflections, the absence of hierarchy between background and form, and the subtle differences between colors have led me to explore nocturnal sensations in painting, including the starless night that plunges us into the infinitely vast. By contemplating light, the viewer is invited to open their perception, to realize that even what is distant can have an impact on our daily lives. Sunlight traversing an unimaginable distance reminds us of the invisible: galaxies, stars. The visible then connects to the invisible, the near to the far. Through my latest paintings, I aspire to connect with the stars and thus provoke reflection on our place in the universe.

  2. DEMARCHE ARTISTIQUE

    L’objet de ma peinture est la lumière, sa représentation et son impact sur l’environnement, la couleur et le spectateur. Mon processus artistique débute par la création d’une image composite sur Photoshop, combinant diverses photographies de reflets de lumières que j’ai collectées en ligne ou prises moi-même et des images de nébuleuses planétaires capturées par les télescopes spatiaux Hubble et James Webb de la NASA. Ces images sont ajustées et superposées avec une certaine transparence. Ensuite, je crée un dessin préparatoire au crayon gris pour définir ma palette de couleurs, généralement composée de deux ou trois teintes, lesquelles varient en intensité.


    Après ces étapes préliminaires, je me lance dans la peinture avec toute la complexité que cela implique : tensions, accidents, harmonies nouvelles et dynamique active due au séchage rapide de l’acrylique. J’applique les couleurs préparées sur une toile préalablement humidifiée, en les balayant avec des pinceaux (spalters), souvent montés sur un manche en bois pour les grands formats. Parfois, cela ne fonctionne pas comme prévu, j’accepte les accidents, je n’efface rien, je tâtonne, je cherche à atteindre une peinture immatérielle. Ma démarche artistique se coordonne au ressenti de la peinture, utilisant tous les outils à ma disposition pour me connecter à la matière picturale et à ma sensibilité.
    L’utilisation de glacis me permet d’obtenir des jeux de lumière sous-jacents, des lueurs filtrées qui évoquent des sensations éphémères du quotidien, telle une lumière qui se pose sur un mur. Je ne cherche pas à donner une signification à mes peintures mais plutôt à leur donner une présence physique. Ce qui m’intéresse, c’est la manière dont la lumière extérieure s’infiltre à l’intérieur d’un espace, créant des nuances subtiles.


    Dans certaines expositions, mes peintures sont conçues en relation avec la lumière ambiante du lieu d’exposition. Elles intègrent des formes lumineuses observées dans ce contexte à différents moments de la journée, ce qui leur confère une intensité accrue par leur résonance physique avec l’environnement. Le spectateur est ainsi invité à s’immerger dans la lumière spécifique du lieu, ouvrant ainsi ses sens et ses perceptions pour mieux habiter au milieu des choses.
    Mon savoir et mes recherches sur le sensible émanent de mon expérience quotidienne, de mon observation du monde qui m’entoure et de mes expérimentations avec la matière picturale. Les reflets lumineux sur un mur déclenchent en moi une expérience spirituelle proche de l’absolu, suscitant une sensation d’infini qui sous-tend mon travail artistique. Mon intention est de peindre des sensations immatérielles. L’absence de perspective, le caractère flou des reflets lumineux, l’absence de hiérarchie entre le fond et la forme et les différences subtiles entre les couleurs m’ont conduite à travailler en peinture les sensations nocturnes, y compris la nuit sidérale qui nous plonge dans l’infiniment grand. En contemplant la lumière, le spectateur est invité à élargir sa perception, à réaliser que même ce qui est éloigné peut avoir un impact sur notre existence quotidienne. La lumière solaire qui traverse une distance inimaginable nous rappelle l’invisible, les galaxies, les étoiles, etc. Le visible se connecte alors à l’invisible, le proche au lointain. À travers mes dernières peintures, j’aspire à me connecter avec les astres et ainsi susciter une réflexion sur notre place dans l’univers.

  3. HELENE BASTENIER, exposition à Espace 001, 2023

    Les peintures d’Elise Leboutte (née à Dinant en 1984, vit et travaille à Bruxelles) sont faites d’émulations lumineuses, de séquences méditatives où l’ombre et la lumière se confondent, reflétant sa fascination pour le caractère éphémère de celles-ci et leurs variantes subtiles au travers de la couleur, mais aussi l'ambiance et l'espace, les frontières et les surfaces.

    Cette exposition tente de créer une poétique du lieu par les peintures, elle invite le spectateur à observer attentivement l’espace et la lumière d’un lieu à travers les oeuvres.

    Inspirée par espace 001, elle reprend les ombres dessinées sur les murs et sur les sols, dans un mouvement oscillant entre extérieur-intérieur, ombre et lumière, qu’elle a photographié dans un premier temps et peint ensuite à l’acrylique sur toile, avec des glacis qui laissent la lumière apparaître en douceur, toujours suggérée, avec des effets produits par le jeu des recouvrements de la peinture. Les voilures de teintes appauvries recouvrent les fonds colorés, révélant la lumière qui semble venir directement du tableau. 

    Les photographies modifiées sur Photoshop permettent de dégager les zones sombres et claires, et sont recadrées pour faire ressortir un détail ou dissiper une forme. Ce passage par la photographie et le dessin aussi permet de fixer l’apparence de la lumière dans l’instant pour ensuite la transposer dans ses peintures. La peinture va permettre de déployer une image, de rendre visible cette lumière, diffuse dans ses vibrations, qui émane des différentes étapes d’un processus technique lent et consciencieux.

    Les halos suggèrent parfois des éclairages de nuit, des lueurs filtrées, clartés floutées, ellipses qui rappellent des sensations éphémères.

    Tout cela confère une présence physique forte à ses peintures qui captent quelque chose de fugitif de la lumière qui se frotte aux surfaces et donnent à voir cette perspective évanescente. Elise Leboutte ne peint pas seulement la lumière, elle y est pleinement engagée. 

  4. ONE+ ONE+, LA HOULE -EDITIONS

    Catalogue d'exposition One+ One+, CCN/Centre Culturel de Namur, La Houle - Editions, février 2023

    Yves Depelsenaire, Interview Lucile Bertrand et Elise Leboutte, Livret visiteur, exposition One+ One+, CCN/Centre Culturel de Namur, La Houle - Editions, février 2023

  5. VINCENT CARTUYVELS

    Extrait - Catalogue d'exposition, Edition Chris De Becker - Artitude, 2019

    Par un tissage en douceur de zones frontales et de plans perspectifs issus de détails photographiques, les structures colorées d’Elise Leboutte sont constituées d’énergies lumineuses venues d’ailleurs, comme un hors champ qui envahit en douceur les pénombres des bordures, ou au contraire, comme un voile sombre en train de gagner sur les clartés : double mouvement d’un demi-jour entre aurore et crépuscule, intérieur et extérieur, éclaircie et nuage.

    Ce pan de lumière n’est jamais éclatant, et sa palette est restreinte. Le substrat coloré des peaux translucides se révèle de plus en plus riche au fur et à mesure que le regard circule d’une zone à l’autre : cette peinture a des secrets qui ne se livrent pas d’emblée…


    On le sait depuis Van Eyck, les glacis sont les premiers vecteurs de transparence et donc de lumière. Ils sont au cœur de ce travail : ils suggèrent des éclairages sous-jacents, des ombrages subtils, des lueurs filtrées qui nous rappellent des sensations éphémères du quotidien. Paradoxe, ces instantanés lumineux sont réalisés en séquences mûrement réfléchies, dans l’extrême attention des effets produits par le jeu des recouvrements. Travail soigné, exigeant, mené dans une lenteur indispensable à la maturation de chaque étape.


    Cette construction des éclairages est renforcé par les floutés, les «bougés photographiques» réalisés par des passages à mi-sec, avec une pâte acrylique qui, on le sait, sèche vite : elle exige donc à ce stade une rapidité d’exécution.

    On le voit, la nature du medium commande les différents processus d’émergence de l’image, ce qui constitue un moteur essentiel du travail de l’artiste. Celle-ci revendique d’ailleurs ce plaisir d’être en connivence avec la technique et de pouvoir la suivre dans ses contraintes.


    Avec le temps de la contemplation, le spectateur prend conscience de l’importance des finitions. Oui, tout compte ici…comme les différents états des limites entre les plans, parfois nettes, parfois floues, parfois incertaines : dans ce cas ils se touchent à peine, et laissent un interstice qui permet la vibration dans la fragilité des perceptions. Tout compte, comme l’aspect lisse et vernissé de la surface, brillante, satiné ou mate, comme la trace du balayage et l’orientation du pinceau, visibles ou non…Sans effets faciles et dans la sobriété, la plus grande exigence du métier est ici présente à tous les niveaux pour un éloge de la lumière qui semble répondre à la pensée de Tanizaki : en effet, dans L’éloge de l’ombre , l'auteur refuse les éclairages brutaux des occidentaux, il leur préfère les pénombres de l’architecture japonaise qui révèlent tant de beautés dans l’économie des sensations.

    Les reflets blanchâtres du papier, comme s’ils étaient impuissants à entamer les ténèbres épaisses du toko no ma, rebondissent en quelque sorte sur ces ténèbres, révélant un univers ambigu où l’ombre et la lumière se confondent. N’avez-vous jamais, vous qui me lisez, au moment de pénétrer dans une de ces salles, éprouvé le sentiment que la clarté qui flotte, diffuse, dans la pièce n’est pas une clarté ordinaire, qu’elle possède une qualité rare, une pesanteur particulière ?

    (…)

    Or c’est précisément cette lumière indirecte et diffuse qui est le facteur essentiel de la beauté de nos demeures.

    Et pour que cette lumière épuisée, atténuée, précaire, imprègne les murs de la pièce, ces murs sablés, nous les peignons de couleurs neutres, à dessein.

    (…)

    Nous nous complaisons dans cette clarté ténue, faite de lumière extérieure d’apparence incertaine, cramponnée à la surface des murs de couleur crépusculaire, et qui conserve à grand’ peine un dernier reste de vie. Pour nous, cette clarté-là sur un mur, ou plutôt de cette pénombre, vaut tous les ornements du monde et sa vue ne nous lasse jamais1.


    1. Tanizaki Junichiro : L'éloge de l'ombre - Publications orientalistes de France, 1977